Une conférence-débat organisée en coopération avec le Projet de Développement Communal Inclusif et de Décentralisation (ProDéCID/Giz) de la Coopération allemande a permis d’échanger sur les perspectives de la mise en place de régions fortes pour l’émergence de Madagascar. Le débat, modéré par M. Parfait Randrianitovina, directeur adjoint de ProDéCID, a vu la participation d’experts allemands et malgaches, à savoir l’invité allemand M. Hans-Hinrich Coorssen, spécialiste du système des transferts et de péréquation fiscale en Allemagne, et ses homologues malgaches M. Said Jaffar Ahamad, ex-chef de Région Boeny, M. Gervais Rakotonirina, directeur de Cabinet du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation et Mme Bao Razafimahefa, membre du cabinet au sein de la Commune Urbaine d’Antananarivo.

M. Hans-Hinrich Coorssen retraça dans son exposé l’histoire du modèle fédéral allemand constitué à la fois d’un état fédéral et de régions dites « Länder », modèle mis en place en Allemagne de l’Ouest d’Après-Guerre dans le but d’empêcher le retour d’un état central fort par la création de régions indépendantes possédant des constitutions et gouvernements propres ainsi que des compétences politiques et d’autonomies financières importantes. Un système décentralisé qui semble bien fonctionner à première vue mais auquel l’expert allemand se montra également critique, notamment en terme de justice financière et budgétaire inter-régionale. Pour le cas de Madagascar, il conseilla ainsi de ne pas susciter des attentes trop hautes à l’égard d’une décentralisation qu’il considère comme un processus à long terme qui ne constituait pas obligatoirement une panacée en vue du redressement d’un pays.

La décentralisation comme processus à long terme, c’est effectivement le cas à Madagascar dont M. Gervais Rakotonirina illustra ensuite le long chemin – de progrès et de revers – de la décentralisation depuis son indépendance. Le ralentissement du processus, est-il donc expression d’un manque de volonté et d’engagement politique ?
Mme Bao Razafimahefa déplora en effet le manque d’un transfert de compétences et de moyens aux collectivités régionales et municipales ainsi que l’absence de coopération honnête entre les collectivités, notamment en cas de désaccords politiques. M. Said Jaffar Ahamad souligna, lui, l’importance du dialogue entre les collectivités et surtout avec les communes qui avaient particulièrement besoin d’appui de la part de l’état. Il a été constaté que la décentralisation ne pouvait fonctionner que si elle était portée par une volonté politique, mais également par l’engagement de toute une population sensibilisée au sujet.