Le 1er septembre 2022, la FES Madagascar a tenu une conférence en ligne dans le but de mettre en avant les perspectives africaines en préparation de la COP27. La FES souhaite à travers cette initiative réitérer son engagement à accompagner la préparation de la COP et surtout à mettre le focus sur les perspectives africaines.
Des experts du changement climatique venant de tout le continent se sont retrouvés pour discuter de trois points importants de l’agenda de négociations pour l’Afrique : le financement climatique, l’adaptation et les pertes et préjudices.

En matière de financement climatique, les paroles ne valent rien.

Tel était le thème du premier panel de discussion modéré par Anna Mbise de la FES Tanzanie. Mr Kamal Djemouai, consultant indépendant et expert en changement climatique; Prof Anthony Amoah, Doyen de l’école de développement durable de l’université de l’environnement et du développement durable au Ghana et Mme Chinma George de ClimFinance Consulting ont échangé sur le sujet.
Mr Kamal Djemouai a clairement expliqué que l’agenda en matière de financement climatique sera omniprésent lors des négociations à Sharm El Sheikh, les engagements formulés à Glasgow quelques mois auparavant n’ayant toujours pas été tenus. A part cela, il a rappelé que même avec les fonds actuels, certains pays n’ont pas encore la capacité de les absorber. La question se pose donc sur un renforcement des institutions pour pouvoir utiliser efficacement les ressources mises à disposition.
Pour Mme Chinma George, il y a non seulement un manque de mobilisation de fonds mais également une grande difficulté à y avoir accès. En effet, plusieurs pays d’Afrique n’ont pas d’entités accréditées leur permettant de demander du financement. Il devient nécessaire de penser à une approche innovante pour rassembler les sommes nécessaires telle qu’inclure le secteur privé.
Le Professeur Anthony Amoah souligne que l’Afrique exige que les promesses formulées par les pays développés soient respectées. Pour le cas du continent, fond climat ne doit pas rimer avec dettes, d’où l’intérêt de préconiser le financement par subventions.
Tous sont d’accord que la COP27 doit marquer un tournant dans la mise en place de mesures efficaces, concrètes et immédiates pour mobiliser et accéder au financement et permettre aux plus vulnérables de faire face au changement climatique.

L’adaptation reste une priorité négligée

La question de l’adaptation est souvent laissée pour compte dans les négociations internationales. Le deuxième panel a proposé une discussion à sur ce sujet entre le Prof David Lesolle, conseiller du gouvernement botswanais en matière de changement climatique, Le Dr Rodrigue Feumbe, observateur indépendant du changement climatique originaire du Cameroun, Mr Wondwossen Sintayehu, avocat pratiquant dans le domaine du changement climatique ; et modéré par Eunice Asiedu de la FES Ghana.
Le Prof David Lesolle a mis en avant les initiatives de l’Union Africaine en matière d’adaptation sur le continent même si ces derniers n’obtiennent pas encore assez de résultats. Il faut penser au-delà des mécanismes des Nations Unies pour s’adapter car selon ses dires : “Parfois, on est tenté de lier l’adaptation à l’argent, alors qu’en fait les vulnérabilités changent constamment. Je préfère me concentrer sur les capacités d’adaptation. Il y a les institutions, il y a nos propres politiques et stratégies, etc.”
Pour le Dr Rodrigue Feumba, il faut mettre en avant les efforts d’adaptation de la communauté de base. Cette dernière fait quotidiennement face aux aléas du climat mais ne reçoivent que peu de reconnaissance et quasiment pas d’aide financière.
Mr Wondwossen Sintayehu rappelle que les termes régissant le financement des efforts d’adaptation sont mentionnés dans la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Il est maintenant question d’application de ces termes avec une approche sensible au genre qui prend en compte les besoins des communautés marginalisées.
Pour une justice climatique, les négociateurs doivent pousser pour une distribution juste et égale des fonds entre atténuation et adaptation.

Pertes et préjudices, les besoins spécifiques de l’Afrique

La consécration du dialogue sur les pertes et préjudices lors de la COP26 à Glasgow a rouvert la voie à la question des compensations pour les dommages engendrés par le changement climatique. Le troisième panel modéré par Ugwu Chidiebere de la FES Nigeria a traité ce sujet à travers les échanges entre le Dr Edmond Totin de l’Université du Bénin, Dr Sumaya Zakieldeen de l’Université de Khartoum et Mr Kipkorir Koskei de l’Insurance Development Forum.
Comme le dit le Dr Edmond Totin, la science et le dernier rapport du GIEC est clair : “L’Afrique est le continent qui contribue le moins aux émissions de gaz à effet de serre, mais des secteurs clés du développement subissent déjà des pertes et des dommages considérables.”
Un moyen qui pourrait alléger les gouvernements dans la gestion de ces pertes serait d’avoir recours au secteur privé et notamment à l’assurance climatique. Cependant, cela n’est pas sans contraintes selon Kipkorir Koskei. Des projets sont en cours en Afrique dans ce domaine mais l’assurance ne peut pas entièrement régler le problème. Cette conversation nécessite une réflexion beaucoup plus large, un engagement politique beaucoup plus important, un encadrement de la discussion d’une manière très tangible et réalisable.
Le Dr Edmond Totin a d’ailleurs ajouté que le manque de données claires sur les pertes et préjudices dans les différents secteurs touchés entrave la mise en place de solutions. En termes de mécanisme, le rapport du GIEC indique que la planification à long terme et l’approche intersectorielle permettraient de faire face aux pertes et dommages.
Dans les négociations internationales, une réticence est omniprésente quand il est question d’allouer un fond aux pertes et préjudices, comme le mentionne le Dr Sumaya Zakieldeen. La COP27 est cependant le moment de mettre en exergue les demandes sur ce sujet car pour les plus vulnérables tel que l’Afrique, il est question de vie ou de mort pour de nombreuses personnes.

En résumé, le temps n’est plus à la discussion. Les acteurs du changement climatique africains appellent à ce que la COP27 soit une COP d’implémentation. Des mesures concrètes tangibles et applicables doivent émaner des négociations à Sharm El Sheikh.
La COP27 doit aussi être inclusive, permettre aux jeunes, aux femmes, à la société civile, au secteur privé et tous les autres acteurs de prendre part aux discussions et à la lutte contre le changement climatique.

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