Pression sur la biodiversité

Open Space de la Jeunesse discute les conséquences du changement climatique

Les conférences débats s’enchainent sur la question du changement climatique. A l’heure où les jeunes agissent pour faire entendre leurs voix dans la défense de la cause, les jeunes issus des programmes Youth Leadership Training Program (YLTP) et Young Leaders Fighting Climate Change (YLFCC) de la FES ont organisé un Open Space regroupant les associations de jeunes et des organismes étatiques et non étatiques qui luttent contre le phénomène durant la journée du 19 septembre. Des conférences débats, des expositions des rencontres en petits salon et de échanges ont été au programme.

Le Changement climatique, de quoi parle-t-on ? Une présentation introductive a été faite par Madame Jane Razanamiharisoa du BNCCCREDD+ pour conscientiser les nombreuses personnes qui méconnaissent encore cette réalité bien présente et fortement menaçante à Madagascar. Mais la bataille n’est pas seulement au niveau terrain et environnemental, elle est aussi au niveau décisionnel et politique ; localement et sur le plan national et international. C’est dans ce sens que le concept de « justice climatique » a été présenté par Monsieur Haja Randrianomenjanahary du Forum Africain de la Justice Climatique (FAJC).

Deux débats en panel ont ponctué cette journée : « Introduire de nouvelles variétés dans la biodiversité : une mesure d’adaptation ? » avec la participation de Monsieur Haja Randrianomenjanahary de FAJC ; Hary Rajaonarison, Coordonnateur Régional de l’AVG Diana et participant au YLTP 2019 ; Sanda Anjara Rakotomalala de MYBN ; Mirindra Solofo Andriamarantiana de l’ONE et aussi participant au YLFCC 2019.  Le sujet est délicat dans la mesure où introduire de nouvelles variétés peut s’avérer nécessaire, pour des raisons de santé ou d’amélioration ; mais par ailleurs one ne peut jamais en mesurer les conséquences, qui peuvent être tout autre que ce que l’on attendait. L’autre débat qui a eu lieu dans l’après-midi s’intitulait : « L’océan est le plus grand puits de carbone de la planète » et les panélistes en étaient : Jaona Ravelonjatovo de Blue Ventures, Michael Manesimana du Projet d’Adaptation des Zones Côtières (PAZC), Mirindra Zo Andrianantenaina de l’ONG Maharitra, Cédric Ratsironkavana, économiste et participant du YTLP 2019 et le Professeur Jean Maharavo, Directeur de la station du Centre National de Recherches Océanographiques de Vangaindrano, qui a aussi en premier lieu présenté les « Effets du changement climatique sur l’océan ». Madagascar, a-t-on souligné, semble quelquefois oublier qu’elle est entourée de mer. De plus, non seulement en ce qui concerne l’océan, mais aussi dans d’autres secteurs, les décisions politiques ne tiennent pas compte de la recherche scientifique.

 

Protéger la mer et ses ressources

Faire face aux défis!

Au moment où le monde entier s’inquiète, à juste titre, de la destruction de l’Amazone par les feux de forêt, il est souvent oublié que la mer et sa colonne d’eau constitue le plus grand puits de carbone de la planète, et qu’il y a donc encore plus encore lieu de se soucier des effets du Changement Climatique sur l’océan, notamment pour une île comme Madagascar. Les participants du programme YLFCC de la Fondation Friedrich Ebert en sont devenus plus que conscients, particulièrement après avoir constaté de visu ces effets, et appris les différents exemples de stratégie, ce qui commence déjà par savoir nager.

La 3ème session de formation de jeunes leaders luttant contre le changement climatique (YLFCC) a eu lieu sous forme de voyage d’étude du 26 au 31 août 2019 à Toliara. Le choix du site est justifié par le thème du voyage d’étude, qui est : « Changement climatique et océan ». Par ailleurs, Toliara est le site de l’Institut Halieutique et des Sciences Marines (IHSM), institution unique en son genre à Madagascar, que les participants ont visité, et qui a également mis à disposition des personnes ressources.

Le Prof. Jean Maharavo, qui dirige la station du Centre de National de Recherches Océanographiques (CNRO) à Vangaindrano a délivré les présentations introductives sur les effets du Changement Climatique sur l’océan, et les stratégies de lutte y correspondant (atténuation et adaptation). Avec le Dr. Gildas Todinanahary, enseignant chercheur à l’IHSM, il a également accompagné et commenté les visites de site à Andrevo et Sarodrano. Après la visite du musée de l’IHSM, le Dr. Todinanahary a présenté des exemples de stratégies d’atténuation et d’adaptation : le développement de l’aquaculture et la gestion efficiente des écosystèmes vulnérable et leur exploitation. Avec quelques-uns de ces stagiaires, il a dirigé les sorties à Andrevo pour la visite de fermes d’aquacultures villageoises et pour avoir un aperçu de l’écosystème herbier ; et à Sarodrano pour l’identification d’écosystèmes vulnérables (récifs coralliens, mangroves), et la visite de récif frangeant dégradé.

Les séances de développement personnel, assuré par M. Andry Rakotonanahary, Consultant-Formateur, comprenant beaucoup d’exercices pratiques, concernaient la dynamique de groupe, la vision et la gestion de projet, la planification et la gestion de conflits.

 

par M. Dominique Rakotomalala
rakotomalala@fes.mg

Energiewende à la malgache ?

La 2ème session de la formation de jeunes leaders luttant contre le changement climatique (YLFCC), a eu lieu du 27 au 29 juin à Ambolokandrina. Le thème de la session portait sur les énergies renouvelables.

Les présentations thématiques ont été faites par Mme Mbolatiana Ranjevasoa, Directeur de l’intégration de la dimension environnementale au Ministère de l’énergie, de l’eau et des hydrocarbures ; M. Tsiky Robison, Chef de service au même ministère ; et M. Jean Gabriel Nirina du BNCCC. M. Daniel Brands a présenté les vicissitudes de la mise en œuvre de l’Energiewende en Allemagne ; tandis que M. Rivo Rakotondrasanjy, Associé fondateur d’Obio Hamy, a échangé avec les participants sur ses expériences de production d’éthanol à partir du manioc. M. Andry Rakotonanahary, Consultant-Formateur, a assuré les séances de développement personnel ; et Mme Ketakandriana Rafitoson, activiste, a partagé ses réflexions sur le programme de transition énergétique à Madagascar. Une visite des bureaux de WWF, alimenté en énergie solaire, a aussi été organisée.

La combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) est à l’origine de près des deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La transition énergétique est donc une nécessité, également pour Madagascar, où l’importation de carburants fossiles représente par ailleurs une très lourde charge pour le budget national.

 

Trait d’union pour l’Océan Indien

Les conditions de travail et d’emploi des travailleurs migrants ont fait l’objet d’une rencontre entre les représentants de la marque ASOS, ceux des ONG de lutte contre l’esclavage moderne, et ceux de la fédération syndicale internationale IndustriAll. Cette rencontre a eu lieu en terre mauricienne les 18 et 19 juin 2019 avec la participation de travailleurs de Madagascar, du Bangladesh et de Maurice, et avec l’appui de la Friedrich-Ebert-Stiftung.

Le Dr Verena Tandrayen-Ragoobur, de l’Université de Maurice ayant décrit les défis économiques et sociaux auxquels ce pays fait actuellement face, Jane Ragoo, de syndika travayer, d’ajouter que 45.000 travailleurs migrants sont employés à Maurice sans être organisés, travaillant essentiellement dans les industries mauriciennes axées sur l’exportation, la plupart dans l’industrie manufacturière (vêtements, textiles et chaussures), la majorité venant du Bangladesh, de l’Inde, du Népal et de Madagascar , et la moitié étant des femmes. Jane Honour, ethical trading manager de la marque de vêtements et de chaussures ASOS, confirme que sur leurs 5900 employés à Maurice, près de 60% sont des travailleurs migrants, ces derniers subissant souvent des pratiques de l’esclavage moderne consistant en recrutements prédatrices, en salaires plus bas, en environnements de travail plus médiocres, en discriminations préventives contre la maternité potentielle et en différentes formes d’abus.

Le triple partenariat entre la marque, les ONGs et les syndicats s’est accordé sur la nécessité de l’approche syndicale afin de contribuer à créer dans ces usines fournisseurs basés à Maurice un environnement plus favorable. Syndika Travayer, s’engage ainsi à accompagner dans le pays hôte ce processus d’organisation des travailleurs migrants en réseau avec les syndicats des pays d’origine, comme Madagascar (SVS, SEKRIMA, FISEMA) et le Bangladesh (Sommilito Garments Sramik federation). IndustriAll facilitera ce trait-d’union, avec Paule Ndessomin en Afrique subsaharienne et Christina Hajagos-Clausen au siège pour le secteur textile-habillement-cuir.

 

Régions fortes pour l’émergence?

Une conférence-débat organisée en coopération avec le Projet de Développement Communal Inclusif et de Décentralisation (ProDéCID/Giz) de la Coopération allemande a permis d’échanger sur les perspectives de la mise en place de régions fortes pour l’émergence de Madagascar. Le débat, modéré par M. Parfait Randrianitovina, directeur adjoint de ProDéCID, a vu la participation d’experts allemands et malgaches, à savoir l’invité allemand M. Hans-Hinrich Coorssen, spécialiste du système des transferts et de péréquation fiscale en Allemagne, et ses homologues malgaches M. Said Jaffar Ahamad, ex-chef de Région Boeny, M. Gervais Rakotonirina, directeur de Cabinet du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation et Mme Bao Razafimahefa, membre du cabinet au sein de la Commune Urbaine d’Antananarivo.

M. Hans-Hinrich Coorssen retraça dans son exposé l’histoire du modèle fédéral allemand constitué à la fois d’un état fédéral et de régions dites « Länder », modèle mis en place en Allemagne de l’Ouest d’Après-Guerre dans le but d’empêcher le retour d’un état central fort par la création de régions indépendantes possédant des constitutions et gouvernements propres ainsi que des compétences politiques et d’autonomies financières importantes. Un système décentralisé qui semble bien fonctionner à première vue mais auquel l’expert allemand se montra également critique, notamment en terme de justice financière et budgétaire inter-régionale. Pour le cas de Madagascar, il conseilla ainsi de ne pas susciter des attentes trop hautes à l’égard d’une décentralisation qu’il considère comme un processus à long terme qui ne constituait pas obligatoirement une panacée en vue du redressement d’un pays.

La décentralisation comme processus à long terme, c’est effectivement le cas à Madagascar dont M. Gervais Rakotonirina illustra ensuite le long chemin – de progrès et de revers – de la décentralisation depuis son indépendance. Le ralentissement du processus, est-il donc expression d’un manque de volonté et d’engagement politique ?
Mme Bao Razafimahefa déplora en effet le manque d’un transfert de compétences et de moyens aux collectivités régionales et municipales ainsi que l’absence de coopération honnête entre les collectivités, notamment en cas de désaccords politiques. M. Said Jaffar Ahamad souligna, lui, l’importance du dialogue entre les collectivités et surtout avec les communes qui avaient particulièrement besoin d’appui de la part de l’état. Il a été constaté que la décentralisation ne pouvait fonctionner que si elle était portée par une volonté politique, mais également par l’engagement de toute une population sensibilisée au sujet.

 

Comprendre le changement climatique

8 jeunes femmes et 9 jeunes hommes constituent les participants à la 3ème promotion de la formation de jeunes leaders luttant contre le changement climatique (YLFCC), dont la 1ère session a eu lieu du 25 au 27 avril à Ambolokandrina. La formation comprendra en tout 4 sessions dont un voyage d’études.

Cette 1ère session avait pour thème : « Comprendre le Changement Climatique ». Les présentations thématiques ont été faites par Mme Lovakanto Ravelomanana, Directeur du BNCCC-REDD+ ; M. Omer Laivao, Point Focal National du Changement Climatique ; M. Andry Rakoto Harivony, Point Focal : Gestion rationnelle et durable des ressources naturelles au sein de la FAO et M. Rijatahina Haingomanantsoa, Chef de Cellule Stratégique au BNCCC-REDD+. M. Andry Rakotonanahary, Consultant-Formateur, a assuré les séances de développement personnel ; tandis Mme Katia Mahery Rakotonirina de l’ONG Maharitra et M. Haja Rakotonomenjanahary du Forum Africain de la Justice Climatique (FAJC) ont présenté et discuté sur l’engagement des jeunes dans la lutte contre le changement climatique à travers l’activisme et le réseautage.

Il a été souligné que l’ambition de la Fondation Friedrich Ebert n’est pas d’être l’énième organisation participant à la lutte contre le changement climatique. L’une des grandes questions de l’avenir de l’humanité c’est simplement comment consolider des dynamiques d’un économie capitaliste avec les impératifs de la protection de l’environnement. La formation YLFCC aide les participants à être des activistes bien opérationnels dans la lutte nécessairement politique pour la transformation socio-écologique.